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In memoriam
Christian DENIS (1944-2008)
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Nous étions quelques Anciens à nous être retrouvés auprès de la famille de Christian DENIS au crématorium du Père Lachaise, ce 27 Août… Nous venions rendre un dernier hommage à celui qui fut le témoin de notre jeunesse et notre ami.
Monsieur DENIS n’était pas seulement un « personnel de STAN », il m’est désagréable de réduire à cette expression catégorielle quelque peu anonyme celui qui fut un élément si important en tant que Préfet pour plusieurs générations de Terminale ou de Seconde… Il connut notamment les directions des Pères NINFEI, ANCEL et RECHAIN.
Christian, puisque c’est ainsi qu’il souhaitait que ses « Anciens » l’appellent, était un homme entier, droit et passionné, c’était aussi un garçon lucide et peu enclin à compromettre les valeurs spirituelles et humanistes auxquelles il était attaché.
Christian était né en Anjou dans le village de Julien Gracq auquel il vouait une admiration sans borne, d’une famille modeste il devint apprenti, puis Maître Bottier !... Les voix du Seigneur étant impénétrables… il fut ensuite amené à s’occuper de jeunes gens dans un cadre régional et arriva ainsi presque naturellement à STAN. Christian était un homme de grande culture, voire un érudit tant en littérature qu’en musique. C’était aussi et surtout un homme bon, profondément attaché à ses élèves et toujours prêt à aider cette jeunesse pour laquelle il avait une réelle affection.
Intéressé par tous les sports, c’est ainsi qu’il consacrera au football une grande partie de sa vie. Ah ! le Football !... Notre camarade Frédéric THIRIEZ, Président de la Ligue de Football, pourrait nous confirmer ce que le Football doit à Christian... Il suffisait, au demeurant, de voir les nombreuses gerbes et couronnes de fleurs envoyées par tous les plus grands Clubs Français pour voir que le Monde du Football regrettait la perte de l’un des siens, discret, efficace et tant apprécié !
Je garderai, pour ma part, le souvenir de déjeuners où le talent et la verve de Christian rendaient passionnant cet univers quelque peu hermétique pour le non passionné que j’étais… Il est à regretter qu’il n’ait pas écrit un livre souvenir des croustillantes anecdotes qu’il aimait narrer !
Expert halieutique, les brochets de Loire respirent enfin… Christian était un épicurien qui savait autant apprécier une bonne table que considérer l’existence avec humour.
Ses dernières années furent, hélas, gâchées par une santé chancelante et, de facto, une forme d’isolement qu’il regrettait vivement.
Je souhaite simplement assurer à Jean-Charles DENIS (Promo 90), à sa sœur, Geneviève, et à Madeleine, sa mère, que nous n’oublierons pas dans nos prières notre ami Christian.
Jean-Pierre DESNOUES
Promo 1973
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In memoriam
Mgr. Michel SAUDREAU
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Ayant été amené a évoquer la mémoire de notre ami commun avec Hugues Véron, secrétaire de notre promotion 45 et auteur de la notice biographique qui a paru dans dernier Echo de Stan (n°178), il est apparu souhaitable de souligner avec quelle intensité et aussi quelles souffrances Michel Saudreau a vécu sa vocation d’évêque profondément imprégnée de l’Esprit missionnaire destiné à faire connaître la Foi chrétienne à des populations déchristianisées.
Michel a été incontestablement un élève exceptionnel. A l’époque, à chaque lecture de notes hebdomadaire, il était coutume de désigner l’élève qui avait eu les meilleures notes de la semaine (appelé Ordre du Jour Supérieur) et.....celui qui avait eu les plus mauvaises (Ordre du Jour Inférieur). Or, de la troisième à la première, semaine après semaine, Michel garda cette position sans qu’aucun élève de 1a Division n’ait pu l’en déloger.
Il convient d’ajouter que Michel se dévouait corps et âme à la Conférence de Saint Vincent de Paul du Collège dont il devait finir par assumer la Présidence. Aussi pensions-nous tous qu’il serait prêtre et qu’il atteindrait un jour les plus hauts sommets de la hiérarchie ecclésiastique.
Une anecdote vient confirmer la chose: l’un d’entre nous ayant demandé et obtenu de l’abbé Tardy de vénérable mémoire confirmation qu’un suicidé ne pouvait être enterré chrétiennement, on entendit du fond de la classe la voix suave de Miche! dire « oui, mais on peut toujours célébrer une messe à une intention particulière ». J’en conclu qu’il ferait un subtil Cardinal de Curie au Vatican.
Grande fut donc notre surprise quand une quinzaine d’années plus tard, nous le rencontrâmes à un déjeuner de promotion: sa silhouette s’était sensiblement épaissie, il était vêtu d’un gros tricot de laine à manches longues et d’un pantalon qui n’avait jamais connu de fer à repasser depuis sa sortie d’usine, et fumait une courte « bouffarde » dotée d’un gros fourneau.
Mais ses propos étaient encore plus surprenants: il se lança dans une violente diatribe contre les puissances financières et commerciales, la loi des marchés et les théoriciens de ce qu’il amalgamait sous le vocable plus général de
« Libéralisme » dont il soulignait le caractère inhumain et dont l’éducation bourgeoise lui paraissait n’en être qu’une hypocrite enveloppe.
On eut beau lui rappeler que Le Havre était une création politique de François 1er qui n’avait pas d’arrière pays en raison de l’avantage détenu par Rouen plus proche de Paris, que la prospérité du port dépendait donc d’activités non récurrentes entrecoupées de périodes d’inactivité (construction de la flotte Royale par Colbert interrompues à la fin du règne de Louis XIV, création de Compagnies Maritimes Canadiennes ruinées par la faillite de Law, prospérité aujourd’hui disparue des Chantiers Augustin Normands l’inventeur Français de l’hélice, remplacée plus tard par les célèbres paquebots de la French Line victime de la concurrence de l’aviation transatlantique), rien n’y fit. Il me rétorqua que c’était la classe ouvrière qui était la victime de ces soubresauts conjoncturels et dont il appartenait aux puissances économiques d’en assumer les conséquences. II nous estimait en être les suppôts indifférents à en atténuer les effets. Bref, nous étions à ses yeux tout à la fois des Publicains et ... de mauvais Samaritains.
Provenant d’un esprit aussi remarquable que celui de Michel, ces propos ou plutôt le raisonnement sous-jacent qui les motivait méritait réflexion. En tait Michel vivait un drame d’une profonde intensité: premier évêque du Havre, il s’était donné pour objectif de ramener dans les églises les populations ouvrières déchristianisées. Or il se heurtait à un mur d’incompréhension pour ne pas dire de haine populaire en raison de la misère qui sévissait depuis des générations dans cette ville. La classe ouvrière en imputait la cause aux décisions erronées ou égoïstes des classes dirigeantes qui ne lui paraissait pas par ailleurs en subir les conséquences matérielles. Michel, qui n’était pas loin de partager leur point de vue, avait espéré qu’en le faisant savoir, i1 se verrait ouvrir des portes qui lui permettrait de faire pénétrer l’Evangile là où il était malheureusement absent. II n’en fut rien: les marins et les dockers qui occupaient le « France » pour s’opposer à son désarmement, lui en interdirent l’accès lorsqu’il se présenta à la passerelle d’embarquement. On imagine la souffrance de cet évêque missionnaire devant cette attitude, lui qui avait repris à son compte l’expression du Cardinal Suhard: « je me sens comptable de toutes les âmes de mon diocèse ».
Nul doute que de voir ses démarches ainsi bafouées et son apostolat limité aux classes possédantes, fussent-elles petites ou moyennes, a été une croix à porter pour lui qui avait préférer consacrer sa vie à 1a propagation de l’évangile partout où il est absent alors qu’une brillante carrière ecclésiastique lui était promise.
Plus tard, nous le revîmes parmi nous. Il avait considérablement maigri et portait le col romain et des vêtements noirs plus conformes à la dignité épiscopale. Mais il n’avait rien abandonné de ses convictions. Et s’il s’exprimait plus modérément dans la forme, sa soif de justice demeurait toujours aussi intense. Tout porte donc à penser qu’il jouît maintenant des Béatitudes promises par l’Evangile qu’il a tant désiré faire connaître à la population ouvrière de son diocèse.
Il a donc paru souhaitable d’évoquer ces aspects de la vie de Michel Saudreau, premier évêque du Havre, longtemps citadelle communiste. Car en dépit de son apparent échec, il faut reconnaître que la population havraise semble avoir majoritairement abandonné les positions extrémistes auxquelles elle a été si longtemps attachée. Les actions de Michel et les sacrifices qu’il a consentis ne sont peut-être pas étrangères à cette prise de conscience.
Sa vie constitue donc pour nous à la fois un exemple à suivre et une raison d’espérer.
Jacques MASSON
Promo 1945
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In memoriam
Souvenir de RAYMOND BARBA, prêtre (1912-1945)
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Raymond BARBA, à l’issue de brillantes études à Stanislas, était reçu dès la première année (1930) à Polytechnique. Il décida pourtant d’entrer au Grand Séminaire, suivant ainsi une vocation datant de son enfance.
A sa sortie, il fut vicaire à St Justin de Levallois jusqu’à l’entrée en guerre de 1939.
Jeune prêtre déjà très apprécié, il le fut tout autant comme officier au 35ème R.I. :
en Juin 1940, isolé de son bataillon par la fuite de son entourage, il se cacha mais fut aperçu par une patrouille allemande. Mettant la main à son revolver, une rafale de mitraillette le blessa et il fut fait prisonnier. Sa conduite d’ensemble lui valut deux citations à l’ordre de la brigade et à celui de la division. Hospitalisé à Charleville puis interné au camp de Charleville-Mézières, il dut sa libération à l’évêque de Charleville qui lui confia la paroisse de Neuville-les-This et les six paroisses environnantes. Il put de suite s’adapter aux dures conditions hivernales en se passionnant pour cette mission qui le conduisit à faire en vélo, souvent acrobatique, de nombreuses visites à la population. A la lecture de ses lettres, on l’aurait cru en vacances !
Mais en Mars 1941 ces « vacances » prennent fin : Raymond doit rejoindre ses camarades des camps.
Ce seront quatre longues années d’une vie aux conditions matérielles de plus en plus pénibles, mais aussi de contacts humains très riches avec des possibilités exceptionnelles de culture intellectuelle, comme ce fut le cas généralement dans les camps de prisonniers officiers. Une situation dans laquelle Raymond va donner le meilleur de lui-même, conjuguant ses aptitudes et ses connaissances intellectuelles avec une extraordinaire montée spirituelle qu’il aura à coeur de mettre au service de ses compagnons de captivité.
Il passera d’abord deux ans à Mayence où il rencontre des personnages devenus éminents par la suite tels que le Père Carré, le Père Villain, l’abbé Mazerat, … il s’intègre de suite, heureux, semble t-il, d’y trouver un climat propice à la prière comme à la réflexion intellectuelle.
Puis, transfert à Hadamard, camp situé au Nord Ouest de Francfort. Malgré le « confort » moindre, la promiscuité accrue, il est satisfait que cela lui permette un meilleur contact avec les autres. Il a pu tout de même « s’installer » une planche de lit près de la fenêtre d’où il se réjouit d’« avoir la vue ».
Il y exerce aussi avec ardeur ses fonctions de prêtre qui rendent son soutien très apprécié et recherché.
Six mois après ils sont relégués loin à l’est en Pologne. Les trois jours pleins du voyage en train à travers toute l’Allemagne sont pénibles : entassés dans les wagons dans la chaleur de Juillet, leurs chaussures confisquées, surveillés par des chiens... Mais Raymond ne parle dans sa lettre que de l’aspect touristique :
« joli trajet, ...jolie ville aux roseraies, parcs, remparts (Weimar), paysage de landes et de pins après l’Elbe ».
Au bout de deux mois, nouveau transfert plus au nord à Arnswalde (Oflag II B).
Un camp plus important aux activités multiples et bien organisées. Raymond y prend vite sa part dans le domaine religieux, se consacrant surtout aux séminaristes pour lesquels il organise des cours ; il sait les faire participer activement tout en s’attachant à les former à la vie intérieure. « Je me rappellerai toujours, écrivit l’un d’eux, ses instructions sur la “sainteté du prêtre”, sur “la vie d’oraison”, sur la “grâce sanctifiante” où on le sentait livrer toute son âme de prêtre... et l’exemple qu’il nous donnait, bien autant que ses paroles, contribuait à nous élever ». Il dit à sa famille la joie qu’il a ressenti lorsqu’il a baptisé un camarade ou lors de la confirmation de 51 camarades.
Il nous en parle en Avril 1944, mais n’est-il pas déjà fatigué tant par le régime du camp que par son ardeur « tous azimuts » ? Elle le soutient pourtant mais sa santé s’est altérée et il nous « avoue » en juillet qu’il vient d’avoir la grippe et qu’il s’est reposé trois semaines à l’infirmerie. Sur l’insistance du médecin, il doit réduire ses activités : il ne conserve que l’animation de ses séminaristes auxquels il est heureux de pouvoir se consacrer entièrement.
Sa dernière lettre date de Janvier 1945 : Les réserves collectives et les colis sont finis. A la grâce de Dieu et commencent alors les dernières épreuves de l’évacuation du camp et de la longue marche vers la liberté pour beaucoup, l’épuisement et la mort pour d’autres.
Fin janvier 1945 c’est l’exode à pied vers l’Ouest ; une visite médicale aurait pu le lui éviter, mais il ne s’y est pas rendu ! Plus d’un mois dans la neige, 400 Km par -15°. Ils ont emporté le minimum de bagages, laissant au camp leurs notes et leurs travaux de cinq années (dont des thèses d’agrégation) : quelques photos ou carnets seulement, les plus précieux, mais dont ils ont dû s’alléger par la suite. Raymond s’est chargé tout de même d’une chapelle portative, grâce à laquelle il a pu célébrer la messe aux diverses étapes. Pâle et amaigri, ses camarades se demandent au départ comment il pourra supporter cette marche, mais c’est lui au contraire qui, s’oubliant pour les autres, s’offre fréquemment à porter en plus de la sienne les charges de ceux qu’il voit succomber de fatigue !
Un jour, au passage devant une maison campagnarde, une fenêtre s’ouvre : une femme compatissante offre une cruche de lait, Raymond la remercie et remplit son car mais n’y trempe même pas ses lèvres et en fait bénéficier ses camarades. Un autre jour, un de ses camarades souffre terriblement, il lui faudrait du chocolat, introuvable ! Mais Raymond arrive bientôt avec son bon sourire et ...
un bout de chocolat !
Et cela ne l’empêche pas de tenir son rôle d’animateur spirituel : aux étapes, il commente les épîtres et les évangiles de carême, continue à dire sa messe chaque fois que possible, soutient le moral de tous ...
Un passage au cantonnement de Waren leur permet de s’alimenter grâce à des colis américains. Nouveau transport en train et dernière marche à pied jusqu’à Wietzendorf, village perdu entre Hanovre et Hambourg : un « camp de la mort », un lieu misérable et d’une saleté repoussante. Tous sont à bout de forces; aussi ne remarquent-ils pas l’état d’épuisement de Raymond, aggravé par un anthrax à la poitrine. Le 18 mars, il a un étourdissement et accepte enfin de voir le médecin français ; celui-ci voit de suite la nécessité de l’opérer, tout en faisant part à ses camarades de son inquiétude.
Le 20 mars il est dans un état alarmant, l’opération n’a pu se faire, car dilatation du coeur et pleurésie se sont déclarées. Sa faiblesse est extrême. Le soir il reçoit la visite d’un aumônier et les derniers sacrements. Il tombe ensuite dans le coma ...
puis s’éteint doucement.
Son corps est rendu au camp pour le service funèbre, une grand-messe à laquelle tout le camp est présent. Le cercueil est recouvert d’un drapeau tricolore confectionné sur place, une garde d’honneur des officiers du 35ème R.I. transporte ensuite le cercueil entre deux haies formées par les autres prisonniers. Au petit cimetière voisin, une croix est érigée avec une inscription au crayon ; sur le cercueil est fixée une plaque fabriquée à partir d’une boîte de conserve percée de trous pour indiquer son nom et son grade.
Après sa mort, ses camarades épuisés ont ressenti que quelqu’un les aidait, qu’une lumière les entourait.
On n’a rien retrouvé sur lui, même pas son chapelet qu’il a donné comme tout le reste.
Pour les allemands qui donnèrent l’information, il ne fut qu’ « une ration de moins ».

Notice rédigée par Joseph Barba (Promo 38), frère et filleul de Raymond (Promo 30), à partir de la correspondance conservée, des notes rédigées par nos parents, et du livre de Mgr. Mazerat : « Un pauvre prêtre comme les autres ».
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